Mes héroïnes littéraires #1: Elizabeth Bennet de Jane Austen

Mes héroïnes littéraires #1: Elizabeth Bennet de Jane Austen

J’introduis sur le blog aujourd’hui une nouvelle thématique en vous parlant lecture. Je suis un véritable rat de bibliothèque à la base mais depuis trop longtemps j’avais délaissé les livres, par manque de temps ou plutôt devrais-je dire parce que je n’avais pas pris la décision d’y consacrer du temps. Il y a plusieurs semaines j’y ai vraiment repris goût et je n’arrive absolument plus à me défaire de ma tablette Kindle. Elle m’accompagne partout et dès que j’ai un moment pour moi, je me plonge dans mes romans. Je suis parfois tellement passionnée par mon livre que j’en oublie le sens des réalités. Jeu dangereux puisque ça empiète sur mon travail et mon sommeil et que je suis absolument dénouée de toute volonté lorsqu’il s’agit de lâcher un livre qui me passionne.

Pour commencer cette série lecture, j’avais envie de varier un peu les thématiques et vous parler de mes héroïnes littéraires. Ils m’arrivent souvent lors d’interviews qu’on me demande quelles sont les femmes qui m’inspirent, qui me poussent plus loin et me donnent la motivation de me surpasser chaque jour. A chaque fois que cette question m’étais demandée dans le passé, je buttais. Un peu honteuse, je cherchais vainement quelques noms à sortir, pour le principe.

Récemment, cette question m’a été redemandée mais à l’avance. J’ai donc pris vraiment le temps d’y réfléchir car en moi-même, je trouvais ça tellement affligeant et honteux de ne pas avoir une inspiration féminine à proposer à mon interlocuteur.

C’est alors que je relisais Pride & Prejudice de Jane Austen que la réponse m’est apparue, claire comme de l’eau roche. Des inspirations féminines, j’en ai à revendre! Ouf, mon honneur est sauf… Je me suis rendue compte en réalité que les femmes qui m’inspirent ne sont pas des personnes réelles si je peux m’exprimer ainsi mais des personnages de fiction, celles que j’appelle mes héroïnes littéraires.

Ca peut paraitre étrange de n’être inspirée que par de la fiction car qui dit fiction, dit image non réelle ou irréaliste. N’y a-t-il pas une trop grande idéalisation de ma part de la gente féminine? Je pense en réalité que c’est tout le contraire car ces personnages qui m’inspirent sont tout aussi réels dans leurs pensées et actions que n’importe qui d’entre nous. Ces héroïnes ont des caractères contrastées, des qualités mais aussi des défauts. Elles sont aussi un livre ouvert car leur caractère ou vraie nature ne peut être garder secret. C’est l’auteur qui choisit de nous exposer leurs facettes qu’elles soient appréciables ou détestables. C’est un accès aux pensées même les plus intimes de ces femmes qui nous est donné et c’est pourquoi certaines d’entre elles sont devenues pour moi de véritables inspirations.

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ELIZABETH BENNET DE JANE AUSTEN

La première héroïne littéraire dont j’ai choisi de vous parler est Elizabeth Bennet, dépeinte par Jane Austen dans son roman Pride & Préjudice (Orgueils et préjugés). Comme je vous l’ai dit, j’ai récemment relu ce classique de la littérature anglaise et c’est donc par elle que j’ai voulu commencer. C’est une inspiration qui m’est venue assez tard. Celles que vous découvrirez par la suite sont mes inspirations depuis des années et certaines même depuis ma plus tendre enfance. Assez tard, car je n’ai découvert les romans de Jane Austen qu’il y a quelques années de ça, suite à l’adaptation cinématographique de Pride & Prejudice en 2005 (dispo sur Netflix, thank you very much!).

Après le visionnage du film, j’ai tout de suite voulu me plonger dans le livre, tant le film m’avait transportée. Je vous conseille d’ailleurs de le découvrir sans plus tarder. Pour les adaptations, il y a la mini série de la BBC de 1995 et le film de 2005 qui valent vraiment la peine d’être visionnés. La mini série de la BBC est une adaptation plus précise et respectueuse du roman mais j’avoue avoir un penchant pour le film de 2005 qui correspond plus à nos attentes contemporaines d’une histoire d’amour, tout en respectant le romantisme à l’anglaise de l’époque. J’ai aussi beaucoup plus aimé le jeu de Keira Knightley et Matthew Macfadyen que celui de Jennifer Ehle et Colin Firth. Il y a beaucoup de débats sur le sujet d’ailleurs si vous êtes passionnés comme moi par la littérature de Jane Austen.

MISE EN CONTEXTE: PRIDE & PREJUDICE

Avant de vous dire pourquoi ce personnage de la littérature anglaise m’inspire, il me fallait un peu la situer dans son contexte et vous parler de Pride & Prejudice.

Pride and Prejudice est un roman romantique rédigé par Jane Austen et publié en 1813. C’est un des romans de la littérature anglaise les plus populaires (20 millions de copies vendues) et un véritable classique auquel aucun élève ou étudiant britannique ne peut échapper. Pour vous montrer combien ce livre est un véritable chef-d’oeuvre à lire absolument, en 2013, Le Nouvel Observateur le cite parmi les 16 titres retenues pour le 19ème siècle et le décrit comme “peut-être le premier chef-d’oeuvre de la littérature au féminin“.

L’histoire a pour protagoniste Elizabeth Bennet et pour cheminement le développement personnel de celle-ci au travers de l’apprentissage de ses erreurs à porter des jugement hâtifs. Le roman éclaire sur l’importance de différencier le superficiel de l’essentiel et dépeint les comportements, ainsi que la conception de l’éducation, du mariage et de l’argent à l’époque de la Régence Anglaise (1811-1820).

Le père d’Elizabeth, propriétaire terrien, a 5 filles mais sa propriété est “entailed”, c’est-à-dire qu’aucune de ses filles ne peut en hériter. Seul un héritier mâle peut en hériter et en l’occurence dans le roman, il s’agit d’un cousin éloigné, Mr. Collins. Sa femme n’ayant pas de fortune elle-même, et inquiète pour son avenir et celui de ses filles n’a qu’une obsession: les marier et si possible “bien” les marier afin d’assurer sa subsistance après la mort de son mari. Au-delà du cheminement personnel d’Elizabeth, le roman met en avant l’importance de se marier par amour plutôt que simplement par intérêt, et ce malgré les pressions sociales. Cela peut nous paraitre évident dans le contexte actuel mais pour l’époque c’était une idée plutôt nouvelle.

A la suite d’un bal, Elizabeth fait la rencontre de Mr. Darcy, riche propriétaire terrien, taciturne et de caractère plutôt asocial, envers lequel elle est rapidement emplie de préjugés. Mr. Darcy quant à lui est dépeint comme fier, arrogant et hautain et il a une opinion des plus déplorables de la famille d’Elizabeth (sur lequel je le rejoints complètement d’ailleurs. Je plains Elizabeth :p). Seulement voilà, malgré ce dédain et surtout l’impossibilité de considérer un mariage en-dessous de son rang, Mr. Darcy tombe progressivement amoureux d’Elizabeth…

QUI EST ELIZABETH BENNET?

Si elle n’est pas considérée comme aussi jolie que sa soeur aînée, Elizabeth Bennet n’en est pas moins considérée comme une beauté locale. Intelligente et empreinte d’un humeur sarcastique, ayant toujours le nez dans un livre, mais aussi élégante et férue de longues marches dans le Hertfordshire, elle peut nous apparaitre à première vue comme une image plutôt lisse de la femme idéale de l’époque. Il n’en est rien puisque l’auteur a tôt fait de mettre en avant ses défauts: légèrement puéril et surtout ayant un penchant pour la critique facile et les jugements  trop hâtifs. Elle est pleine de préjugés et n’hésite pas à porter une opinion rapide sur les autres, sur base de simples oui-dires. Elle a aussi beaucoup d’humour, un humour ironique et légèrement sarcastique que j’aime beaucoup mais qui, par sa provocation, la met parfois dans des situations délicates.

ELLE M’INSPIRE CAR …

Elle est une féministe avant l’heure. C’est l’aspect de sa personnalité qui m’inspire le plus. Alors qu’on est au début du 19ème siècle, Elizabeth Bennet se pose en véritable avant-gardiste. Elle ne laisse pas dicter par les convenances de son époque et ce que la société attend d’elle en qualité de femme. Elle a son opinion sur chaque chose et ne se prive pas ni ne se gêne de la partager. Elle se moque royalement d’avoir ou non les qualités qui définissent à son époque “la femme accomplie”. Elle démontre même qu’avoir des idéaux de la sorte est ridicule et que ces femmes qui méritent la qualificatif d’accomplie face à ses idéaux n’existent pas.

“I never saw such a woman. Surely she would be a fearsome thing to behold.”

Elle connait sa valeur et croit en son autonomie. Son comportement est aux antipodes des autres caractères féminins du récit, comme Caroline Bingley, sa soeur Jane ou son amie Charlotte. Toutes ces femmes se conforment aux normes sociales imposées à la condition féminine de l’époque alors qu’Elizabeth challenge la question de l’égalité des genres. Elle est ultra moderne pour son temps et propose une conception visionnaire de la femme. Son discours tient encore aujourd’hui puisqu’il existe encore bien trop d’étiquettes imposées aux femmes dans notre société contemporaine. Elle nous invite à repenser et remettre en question notre compartimentalisation des femmes. Elle refuse qu’on soit ranger dans des cases. Pour moi, elle représente ce que les femmes doivent être: ce qu’elles ont envie d’être.

Elle est indépendante d’esprit et a une volonté infaillible. C’est en logique même avec sa qualité de féministe mais je voulais pousser l’idée de mon propos plus loin car c’est un trait commun à toutes mes héroïnes littéraires. Pour être une de mes héroïnes, j’ai besoin que leur caractère soit libre, indépendant et empreint de volonté. C’est mon idéal. Elle est déterminée à se marier par amour, plutôt que par intérêt. Elle refuse la demande son cousin, Mr. Collins, un personnage ridicule et détestable à tout point de vue, malgré les pressions de sa mère et le fait que ce mariage la mettrait elle ainsi que sa famille à l’abri suite au décès de son père. Elle refuse aussi la demande de Mr. Darcy bien qu’il soit richissime et beau garçon. Malgré l’intérêt que Darcy lui suscite, elle ne peut se résoudre à épouser un homme qu’elle juge arrogant et prétentieux et qui a eu l’audace d’insulter sa famille (quand bien même elle reconnait elle-même que sa famille manque souvent de convenance) et détruire l’union heureuse de sa soeur Jane avec Bingly, l’ami de Darcy. Elle ose remettre en place un homme à qui aucune autre femme n’aurait eu l’audace ou le désir de dire non. C’est certainement le meilleur passage du livre (chapitre 34) et du film. J’avoue que l’adaptation cinématographique est encore plus poignante car on sent une véritable attirance entre les personnages et le setting sous la pluie et l’orage crée une tension beaucoup plus palpable. Elle est prête à mourir vieille fille et sans le sous plutôt que de se marier par intérêt. Pour l’époque et sa classe sociale c’est tout simplement incroyable.

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“From the first moment I met you, your arrogance and conceit, your selfish disdain for the feelings of others, made me realize that you were the last man in the world I could ever be prevailed upon to marry.”

Elle s’est éduquée toute seule. Bien que les Bennet’s aient eu 5 filles, jamais aucune gouvernante n’a été pourvue à leur éducation. Soyons clairs, elles ont un peu été laissée à elles-mêmes… Chose surprenante également pour l’époque mais qui dépeint un peu la frivolité de Mrs. Bennet et le laisser-aller de Mr. Bennet. Chaque soeur a donc été libre de sa propre éducation. S’éduquer soi-même demande très certainement une discipline de fer et je suis tellement impressionnée par la capacité d’Elizabeth à l’avoir fait avec autant de brio. Elle est décrite comme la plus intelligente des 5 soeurs et l’auteure joue énormément sur les différences de comportement de celles-ci. Elle aurait pu devenir un Lydia – immature, sotte, égoïste et impulsive – ou une Kitty – influençable et sans jugement.

Elle est spirituelle et pleine d’humour. C’est un trait qui m’a beaucoup plu lors de ma lecture et visionnage du film. Même dans les instants les plus sérieux, elle ne peut s’empêcher de sortir quelques piques sarcastiques et ironiques, avec un brin d’impertinence. C’est un humeur qui est heureusement et malheureusement pas toujours compris de ces contemporains. Heureusement, car elle peut se permettre de faire des blagues dont elle seule à la maitrise aux yeux mêmes de la personne moquée (je pense à Mr. Collins, bien sûr qui est tellement terre à terre qu’il est dans l’incapacité de comprendre les sous-entendus sarcastiques d’Elizabeth à son encontre, ce qui montre par A+B que ces 2 personnages sont tout sauf compatibles). Et malheureusement car dans bien des cas, ces piques d’humeur sont perçus comme inconvenantes ou impertinentes, surtout pour une femme de sa qualité. J’aime particulièrement ses échanges avec Lady Catherine, la tante de Mr. Darcy. Elle ne cesse de la rabaisser mais Elizabeth s’en moque bien et est la seule qui ose lui répondre ou remettre en question ses propos, ce qui lui voue l’admiration de Mr. Darcy au passage.

Mr. Darcy:
“I… do not have the talent of conversing easily with people I have never met before.”

Elizabeth Bennet:
“Perhaps you should take your aunt’s advice and practice?”

Elle apprend de ses erreurs et reconnait ses défauts. Elizabeth ne pourrait être un modèle qui m’inspire si elle n’était pas capable de se remettre en question. C’est ce qui la rend pour moi réelle et profondément humaine. Ne serait-elle pas un personnage des plus ennuyeux si elle n’était que perfection et avait toujours raison sur toute chose? Ne serait-elle pas déception si elle n’était pas en mesure d’accepter ses défauts? Son défaut le plus grand est sa tendance à porter des jugements trop hâtifs sur les autres et à se laisser influencer par les dires des autres pour se créer sa propre opinion sur une personne. Je me vante toujours de pouvoir discerner les gens très rapidement et si je suis assez douée pour déceler un caractère, je dois bien avouer qu’il m’arrive de me tromper et de porter des jugements trop hâtifs sur les autres. Je me reconnais dès lors beaucoup en elle pour ce défaut qui me joue souvent bien des tours. Je suis à vraie dire encore pire qu’elle car en plus de cette propension à juger bien trop rapidement les gens, s’y rajoute un trait de caractère de Mr. Darcy: My good opinion, once lost, is lost forever. En résumé: ne dépassez pas mes limites, sinon vous finissez dans le No Man’s Land…

Je suis d’autant plus admirative de son caractère qu’elle n’hésite pas à reconnaitre qu’elle s’est trompée sur Mr. Darcy. Elle qui le pensait coupable d’actes injustes envers Mr. Wickham, se rend compte qu’elle a été bernée et qu’en réalité le personnage de Mr. Darcy est celui du parfait gentleman (ou presque. Il a quand même quelques défauts soyons clairs :p).

Pour ceux qui n’auraient pas lu ou vu Pride & Prejudice, vous aurez peut-être lu ou vu Le journal de Bridget Jones. C’est exactement la même histoire, mis à part le caractère de Bridget qui ne correspond pas à celui d’Elizabeth. Mais c’est le même Mr. Darcy. Bref, elle n’hésite pas à accepter son erreur et apprend petit à petit à découvrir Mr. Darcy pour ses qualités et par elle-même. Elle est féministe mais aussi humble et capable d’aller au-delà de ses premières réticences et pour ça, je l’admire énormément.

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***

Je suis tellement passionnée par ce sujet que j’aurais voulu vous écrire encore des lignes et des pages entières mais je m’arrête-là pour votre salut. J’espère avoir pu convaincre ceux qui ne connaissent pas encore le personnage d’Elizabeth Bennet de lire ou visionner Pride & Prejudice ou encore peut-être vous avoir fait découvrir sa personne sous un autre angle. Je reviens très vite avec un autre de mes inspirations féminines!

En attendant, partagez-moi vos inspirations! Quelles sont ces femmes qui vous inspirent dans votre quotidien ou vos aspirations et pourquoi? Que pensez-vous d’Elizabeth Bennet? Vous inspire-t-elle également?

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